Post #1 • Ouvrir un établissement sans être du métier
Le CHR : un des plus beaux métiers… Mais un des plus durs
Beaucoup pensent que la restauration, c’est “juste” bien cuisiner ou “juste” avoir un bon concept. En réalité, un établissement qui marche est un système vivant : des personnes, des gestes, des timings, des achats, de l’hygiène, des coûts, une salle, une cuisine, et des clients qui comparent en permanence — même sans s’en rendre compte.
Alors oui : commencer sans être du métier, c’est possible. Mais cela demande une chose très précise : ne pas confondre passion et pilotage. La passion vous donne l’élan. Le pilotage vous fait durer.
Pourquoi ce métier est autant aimé (et même “addictif”)
Le CHR est aimé parce qu’il est profondément humain. Vous ne vendez pas un objet : vous créez une expérience. Un client ne vient pas seulement manger : il vient se poser, souffler, célébrer, se retrouver. Et quand vous réussissez ça, vous devenez un repère.
Il y a aussi une sensation rare : le concret immédiat. Vous préparez, vous servez, vous voyez le résultat. Une salle qui se remplit, une équipe qui tient le rush, un plat qui sort bien, un service fluide… ça procure une fierté qui fait du bien. On comprend vite pourquoi ce métier est si respecté : parce qu’il demande du courage et une vraie présence.
Pourquoi il est parfois détesté (et ce que personne ne dit vraiment)
Parce qu’il prend beaucoup. Les horaires, la fatigue, les imprévus, les charges fixes, la gestion du personnel, les contraintes d’hygiène, les fournisseurs, les pannes, la livraison en retard, le salarié absent, le client impatient… Tout se cumule vite.
Et surtout : c’est un métier où la moindre faiblesse d’organisation se paye immédiatement. Une mauvaise implantation peut ralentir toute la cuisine. Un matériel mal dimensionné crée des retards. Une carte trop ambitieuse casse la production. Et quand ça arrive, vous ne pouvez pas “reporter” : vous êtes en service.
C’est pour ça qu’on dit que ce métier est dur : il vous oblige à devenir rigoureux, même si vous êtes créatif. Il vous oblige à prévoir, même si vous aimez improviser. Et il vous oblige à tenir, même quand vous n’avez plus envie.
Les compétences invisibles qui font que vous êtes fait pour ce métier
Quand on n’est pas du métier, on cherche souvent “le diplôme” ou “la technique”. Mais ce qui fait la différence, ce sont des compétences de pilote : celles qui vous permettent de faire tourner un établissement, pas seulement de le lancer.
- Endurance mentale : tenir la cadence, gérer la pression, rester lucide.
- Humilité : apprendre vite, demander conseil, accepter de se corriger.
- Sens du détail : propreté, organisation, timing… le client le sent.
- Rigueur financière : marge, achats, pertes, charges… sans ça, on s’épuise pour rien.
- Leadership : une équipe a besoin d’un cadre clair, pas d’un flou permanent.
- Capacité à simplifier : une carte, un process, une implantation… plus simple = plus fort.
Ce que vous devez décider avant d’ouvrir (si vous partez de zéro)
1) Votre promesse client
Qu’est-ce que vous voulez que les gens ressentent en sortant ? Si ce n’est pas clair, tout devient flou : carte, déco, prix, service.
2) Votre système de production
Combien de couverts, quel rythme, quelle équipe, quelle carte ? La cuisine doit être dimensionnée pour votre réalité, pas pour un rêve.
3) Votre niveau de discipline
Hygiène, stocks, checklists, rigueur… Le talent sans discipline se fatigue vite.
4) Votre capacité à apprendre
Vous n’avez pas besoin de tout savoir. Mais vous devez être prêt à apprendre chaque semaine, sans ego.
Le CHR peut être l’un des plus beaux métiers parce qu’il vous donne une place dans la vie des gens. Mais il est aussi l’un des plus durs parce qu’il vous demande de devenir solide. Et souvent, ce sont les métiers les plus difficiles qui nous apprennent le plus — sur le travail, sur l’humain, et sur nous-mêmes.